[Introspection] Le vrai coût du fait-main

Aujourd’hui j’aurais dû poster un amigurumi, et puis finalement j’ai changé d’avis, mais j‘ai de bonnes raisons : la semaine dernière j’étais en vacances alors je n’ai pas avancé dans mes projets, et en plus il a fait super moche, ce qui ne me donnait pas plus envie de m’y mettre que ça. La météo ne m’a pas non plus donné envie de faire des photos. Je préfère ne pas me forcer et bloguer si je veux, quand je veux. C’est beaucoup plus satisfaisant pour moi si je ne publie que des choses qui me plaisent vraiment, et pas du « ni fait ni à faire » juste pour suivre mon planning.

Par contre, comme j’ai passé la semaine à fantasmer sur mon prochain projet tricot, j’ai quand même eu envie de parler d’un truc : le prix de tout ça. Combien ça coûte vraiment, de fabriquer ses propres vêtements ? Est-ce que c’est vraiment économique ? Et au fur et à mesure de l’écriture, je me rends compte que mon cheminement ressemble pas mal aux 5 étapes du deuil.

Pour illustrer cet article j’ai choisi des photos des jolis écheveaux de La Bien Aimée et Sweet Georgia, mes derniers coups de cœur, et je décline toute responsabilité en cas d’achat compulsif de votre part.

[Edit: j’avais qualifié les écheveaux de « hors de prix » mais c’est un jugement subjectif qui ne correspond pas vraiment à ce que j’en pense, la faute à la précipitation au moment de publier. Mais ça me donne une idée pour un autre article]

Le déni

Au départ on est attiré par l’idée qu’on va faire des économies en réalisant ses vêtements soi-même. C’est vrai, où est l’intérêt si ça doit couter plus cher qu’en magasin ?

C’est l’histoire de ma première robe, d’ailleurs : j’adore les robes vintage, mais leur prix beaucoup moins. L’un de mes tout premiers projets était donc une robe années 60 à jupe circulaire. J’avais trouvé un tissu pas trop cher, à 8-9 euros le mètre, il m’en fallait 4, je me suis dit que j’allais enfin avoir ma super robe à 36 euros, une aubaine ! J’avais juste zappé les 2 bobines de fil, la fermeture éclair, le thermocollant, les aiguilles… et les frais de port ! Au final ma robe à 35 euros m’en a coûté pas loin de 60 (si on ne compte pas le patron, que j’ai pris dans un livre à 25 euros !) + quelques heures de travail, mais à chaque fois que je la porte j’ai toujours cette satisfaction d’avoir fait une super affaire.

C’est aussi ce qui se passe quand on débute le tricot (oui je vais surtout parler de tricot dans cet article) : on commence avec des trucs simples, des mitaines qui demandent à peine une pelote, ou un pull tout simple en 100% acrylique. Puis on passe un niveau, on a envie de passer aux jolis pulls à torsades, aux modèles qui ont l’air tout doux … et ça se complique.

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La colère

Ça c’est quand on a passé des heures à rêver sur le super beau gilet dans le magazine Phildar, on connait déjà les explications par cœur, on va acheter la laine et on se rend compte que c’est 6 euros la pelote de 25g. Et qu’il en faut une bonne quinzaine. BIIIM dans ta face le beau gilet.

Là on commence à râler et on dit des choses du genre, « eh beh ils se mouchent pas du coude chez Phildar ! » (car on, et j’espère que t’as compris de qui je parle quand je dis « on », parle un peu comme un charretier parfois. Et encore, là c’est un exemple assez poli).

sweet georgia yarn

L’expression

« C’est la phase du deuil faite de négociations, de chantages… mais attention exprimer des émotions négatives peut aussi prolonger la phase de deuil et accroître le sentiment de désespoir. »

Tout de suite après avoir calculé que décidément, 100 balles pour UN gilet, c’est trop, on se met à la recherche du bon filon, de la pelote de laine la moins chère mais qui sera exactement de la couleur qu’on imagine et d’aussi bonne qualité mais au moins 10 fois moins chère. Est-il utile de préciser qu’on se voile complètement la face ? Je ne pense pas, mais « on » le découvrira à la prochaine étape :

 La dépression

« La durée de cette phase du deuil varie mais elle est caractérisée par une grande tristesse, des remises en question et par la détresse. »

Ça y est, on a acheté les 10 pelotes à 2 euros qui ressemblent à du mérinos (en tout cas sur la photo), on se lance dans le projet. Et là, surprise, on tricote sans entrain, on se dit qu’elle est bien fragile cette laine, le fil casse tous les 3 rangs, et au toucher c’est quand même pas très agréable… Déception !

Pareil avec la couture : rien de plus déprimant que de se lancer dans un projet avec un tissu qui ne nous plait pas !

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 L’acceptation

Peut-être que la jolie robe coûte au final le même prix que celle sur le cintre dans la boutique hors de prix du centre commercial. Peut-être que le gilet tricoté va même coûter deux fois plus cher que si on l’avait acheté tout fait.

Mais ai-je vraiment envie de passer un mois ou plus sur un projet qui ne me plait pas tout à fait, de qualité médiocre, dont je ne serai pas fière ? Ai-je envie de me dire « tout ça pour ça ? » et de ne jamais porter le vêtement une fois terminé ?

C’est pourquoi j’ai décidé de fonctionner (dans une certaine mesure… je suis pas Rotschild non plus) au coup de cœur : je préfère acheter moins souvent, créer moins souvent, mais seulement des choses qui me plaisent vraiment et dont je sais d’avance que j’en serai fière. Et si ce coup de cœur coûte 5 euros les 3 mètres comme pour le tissu de la jupe à 2 balles, c’est encore mieux ! Mais désormais je suis consciente que ce genre de bonnes affaires est très exceptionnel quand on sait exactement ce qu’on aime ou pas, et qu’on a des goûts un peu spécifiques.

bien aimee yarn

Finalement, ce qui compte ce n’est pas vraiment de faire des économies : de toutes façons, si c’est vraiment les économies qu’on cherche, autant aller chez Babou acheter un pull à 10 balles et c’est réglé. Si j’y réfléchis honnêtement, ce que je cherche vraiment, c’est le plaisir d’avoir créé ma propre garde-robe, d’avoir du sur-mesure, d’avoir vu le projet naître sous mes yeux et dans mes mains… et d’être fière de moi.

Si j’allais plus loin, je dirais même qu’il est presque plus raisonnable de payer plus cher si c’est ce qui garantit qu’on va apprécier toutes les étapes de la création, de l’achat des fournitures (oui chez certaines personnes c’est un plaisir kof kof je suis accro au shopping en ligne laissez-moi tranquille kof kof) au port du vêtement, en passant par la confection.

 

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Une réflexion sur “[Introspection] Le vrai coût du fait-main

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